Homme de la semaine
Yann chapoutierPropos recueillis par Christine Guyot

« Il faut répéter des centaines, voire des milliers de fois quelque chose avant de pouvoir réussir à se faire plaisir…. »
Hommepage - Comment es-tu arrivé à ton niveau de formation musicale ? Pourquoi la batterie ? Depuis quel âge ? Une passion déjà tout petit ?
Yann Chapoutier - Alors la formation musicale est en fait ce qu’on appelait avant le solfège. Je précise juste pour les termes, pour pas qu’on ne se méprenne. Mon parcours musical commence à 5 ans. Mes parents ont décidé de me mettre au sport et à la musique. Je les en remercie.
Aussi loin que je me souvienne, il ne me semble pas avoir eu envie de musique spécialement plus qu’autre chose. D’ailleurs mes premières années à l’école de musique de la ville n’étaient pas bien brillantes. Le solfège me paraissait être une matière scientifique complètement inutile et je me suis fait quelquefois virer des cours. Mes parents savaient que j’étais consciencieux, et me sensibilisaient dès qu’ils le pouvaient en allant à des concerts classiques, surtout pendant les vacances.
Après 3 ans de solfège, maintenant on dirait de l’éveil musical, j’ai pu commencer à jouer d’un instrument. Ma nourrice ayant une fille qui faisait du hautbois au conservatoire, je l’entendais souvent travailler et je m’imprégnais de ce son particulier. J’ai voulu commencer par cet instrument, mais l’école où j’allais n’avait pas de professeur de hautbois, j’ai donc dû patienter en faisant un an de flûte à bec.
Puis j’ai commencé le hautbois à 9 ans. J’ai intégré doucement les orchestres de l’école de musique. C’est là que j’ai appris à connaître la percussion. J’étais fasciné par ce côté à la fois « derrière », en apparence très simple et sans grandes responsabilités comparé au travail du soliste que j’étais au hautbois, et en même temps l’importance de l’accompagnement, les timbres différents qu’il y avait dans cette famille d’instruments, et le liant qu’ils apportaient à la musique. C’était comme la touche finale, la cerise sur le gâteau.
J’ai certainement dû sentir quelque chose qui correspondait plus à ma façon de voir la vie. Pouvoir participer plus modestement, être un peu plus dans l’ombre mais tout aussi important. Moins exposé au public mais tout aussi méritant. En y repensant je n’aimais pas ce côté « sous les projecteurs » à l’époque. Comme si je ne le méritais pas. Pas encore.
Le vrai déclic se passa un jour devant la télé. J’étais avec mon père et on regardait un concert de Vanessa Paradis, la tournée de l’album qu’elle avait fait avec Lenny Kravitz, je devais avoir 12 ou 13 ans. Et je suis tombé en admiration devant le batteur qu’on voyait en répétitions. Mon père m’a dit aussi à ce moment-là que s’il avait fait de la musique, il aurait voulu faire de la batterie. On voyait aussi Vanessa jouer un peu de batterie et le peu qu’elle faisait rendait super bien. Ca paraissait beaucoup plus simple et naturel que tout le travail que j’avais pu accomplir jusque-là au hautbois.
J’ai donc été m’inscrire en percussions (il n’y avait pas encore de classe de batterie indépendante) parallèlement au hautbois.
Mon but premier était de faire de la batterie, mais j’ai appris la caisse claire classique, les claviers à 2 et 4 baguettes, les timbales et je suis rentré dans les mêmes orchestres où j’étais hautboïste. Comme il s’agissait de mon deuxième, voire troisième instrument, j’ai progressé très vite, n’ayant plus les contraintes du cours de solfège que j’avais terminé. J’ai arrêté le hautbois quelques années plus tard.
C’est à ce moment que je me suis intéressé aux groupes de rock et autres variétés françaises. J’ai commencé à monter des groupes avec des copains du collège qui écoutaient Nirvana. J’ai senti tout de suite que j’avais trouvé un prolongement naturel de mon expression et de ma sensibilité. Mes premiers émois en concert n’ont fait que confirmer ces impressions, en ayant en plus la dimension du partage avec un public et là, j’aimais être sous les projecteurs.
Avec le temps et les études qui avançaient, je me suis décidé assez tardivement à vraiment faire le pas. Après mon bac et quelques années de fac de lettres, je suis entré au conservatoire d’un côté en percussions classiques, car j’étais proche de la fin de mes études, et d’un autre en batterie-jazz.
Hommepage - Combien d'années de conservatoire as-tu passé ? Quelle est la difficulté de cet apprentissage ? Quel est le niveau maximal du conservatoire ? Y-a -t il un intérêt professionnel derrière la passion ?
Yann Chapoutier - Alors si je ne compte que le conservatoire, j’ai passé 3 ans à Arras pour la percussion classique (je finissais un cursus que j’avais commencé à l’école de musique et que j’avais validé avec un concours d’entrée), 4 ans en batterie-jazz à Tourcoing et je suis dans ma 6e année au conservatoire de Lille. Ces années se chevauchent, j’ai été dans deux conservatoires différents à une époque. Donc en tout ça fait 9 ans que je prends des cours au conservatoire.
Mais je n’ai jamais cessé de prendre des cours de musique depuis que j’ai 5 ans.
L’apprentissage de la musique est très dur parce qu’il passe souvent au second plan alors qu’il lui faut un travail quotidien et fastidieux. Il faut répéter des centaines, voire des milliers de fois quelque chose avant de pouvoir réussir à se faire plaisir. Donc si l’on veut créer et véritablement s’exprimer avec la musique, il faut vraiment se consacrer à elle seule.
La différence entre les écoles de musique et le conservatoire, c’est qu’au conservatoire, les professeurs partent du principe que les élèves sont là pour faire de la musique toute leur vie, en professionnel ou en amateur éclairé. Ils ont donc énormément d’exigences que les écoles de musique n’ont pas.
Je n’ai jamais trouvé l’apprentissage au conservatoire spécialement dur, mais j’ai eu la chance de faire mes armes en école de musique et quand je suis arrivé au conservatoire, je savais que c’était ce que je voulais faire. Je me suis donc donné les moyens de travailler régulièrement et de ne presque jamais décevoir mes professeurs. Contrairement à d’autres qui auraient été parachutés là un peu trop tôt sans comprendre de telles exigences. Je pars du principe que si tu choisis bien tes études, tu ne dois pas trouver ça dur ou du moins, tu ne dois pas rechigner à travailler pour atteindre ton but. Cela impose de jouer, de s’entraîner pour toujours aller plus vite, de lire de la musique et de l’écouter attentivement et tout ça, tous les jours.
Ce qui est réellement dur, c’est la vie musicale. Les concours, les examens, les performances qui ne sont pas toujours égales d’un jour à l’autre car nous ne sommes que des humains, les concerts, tout ça engendre beaucoup de stress qu’il faut savoir supporter sans craquer.
Les études musicales connaissent pas mal de changements en ce moment. Disons que le but ultime est de décrocher sa médaille d’or, ou son prix, ou son DEM (Diplôme d’études musicales). Après ça, on peut faire ce qu’on appelle un perfectionnement mais ce n’est pas obligatoire. Disons qu’il n’y pas vraiment de « bout » en musique. On peut aller dans d’autres conservatoires pour travailler avec d’autres professeurs plus réputés pour une chose ou une autre et recommencer un cycle d’études si l’on veut. Il y a aussi les conservatoires supérieurs (un à Paris et un à Lyon) qui sont très côtés. Disons que lorsqu’on sort de là avec un DEM, on peut se penser à un « bout ». Ces établissements sont surtout faits pour des jeunes (il y a des concours d’entrée avec des limites d’âge) qui ont commencé tôt directement au conservatoire prés de chez eux, et qui ont trouvé leur voie. Ils deviennent souvent solistes dans des grands orchestres, ou eux-mêmes profs dans les conservatoires. Et puis il y a ceux qui vont à l’étranger pour le côté culturel qui est différent d’un pays à l’autre et qui est tellement important en musique.
Pour être musicien, il ne faut pas spécialement aller au conservatoire. Je connais pas mal d’intermittents qui n’ont jamais pris un cours dans une école mais plutôt avec des profs particuliers. Le conservatoire permet d’avoir des diplômes reconnus et donc de devenir profs. Ce qui n’est pas le désir de tout le monde.
Pour ma part, j’ai terminé le conservatoire en percu classique pour pouvoir enseigner et gagner ma vie en attendant de finir mes études de batterie. A la base, je voulais juste jouer, devenir musicien mais l’enseignement m’a permis d’être indépendant et j’y ai trouvé une autre facette de la musique qui est de faire évoluer les autres.
Je suis dans ma dernière année pour obtenir mon DEM de Batterie-jazz. J’aurai eu un cursus complet, encadré par des gens reconnus, dans un établissement officiel. J’aurai aussi un peu plus de poids au niveau de mon CV. En tant que prof mais aussi qu’artiste. J’irai prendre des cours avec des musiciens français, acteurs de la scène actuelle, sur Paris ou ailleurs. Pour me consacrer complètement à l’évolution de mon jeu de batteur et jouer le plus possible avec des gens différents, partir en tournée avec une chanteuse ou un chanteur, faire de la scène et être sous les projecteurs.
Difficile de séparer la passion du côté professionnel ! Les deux sont intimement liés. Je suis prof, ça c’est le côté professionnel. Je suis musicien, c’est ma passion. Et je tends à aimer chaque année un peu plus la pédagogie. Mais je gagne ma vie avec les deux. C’est vrai que l’enseignement m’assure une certaine stabilité financière que des amis intermittents n’ont pas toujours. Je pense que chaque musicien pro a une vie avec des bons et des mauvais côtés. Ce ne sont pas les mêmes s’il s’agit d’un intermittent ou d’un enseignant, c’est tout.
Hommepage - Quelles sont tes activités musicales à côté du conservatoire ?
Yann Chapoutier - Je suis donc prof dans 3 écoles de musique où je donne des cours de percussions classiques et de batterie.
Je fais partie d’un fanfare déambulatoire funk-ska-reggae qui s’appelle la Banda’donff. Nous nous produisons régulièrement dans la France entière pour des concerts, des festivals ou de l’évènementiel. Début du mois de novembre, le festival Blues-sur-Seine à Mantes-la-Jolie.
J’accompagne Renya, une chanteuse d’origine togolaise qui fait du gospel un peu pop, un peu jazzy. Nous avons joué deux fois au Sentier des Halles à Paris, et nous allons jouer le 6 décembre dans une petite salle de Lille dont la programmation est très intéressante, le biplan.
J’anime régulièrement des Jam-sessions avec d’autres étudiants du conservatoire dans les bars de Lille.
Je suis intervenant dans une école de chant, la Voix Lactée, et j’accompagne les élèves lors de concerts faisant partie de leur apprentissage.
Je suis aussi sur un projet avec des musiciens de jazz et un chanteur-rappeur qui se met doucement en place. Un genre de hip-hop avec des mélodies chantées et jouées par de vrais instruments acoustiques.
Hommpeage - Quel est ton objectif d'avenir ?
Yann Chapoutier - Finir le conservatoire, essayer de devenir titulaire de mon poste de prof. Malheureusement les concours sont très durs et la batterie n’est pas une discipline officielle. Il faut que je me frotte à de purs percussionnistes…
Partir en tournée avec une star, accompagner des chanteurs et chanteuses parce que c’est le point de départ.
Trouver le temps de composer et de monter un projet personnel parce qu’entre les cours que je donne, ceux que je prends, mes répétitions et concerts avec les groupes, mon emploi du temps est chargé !
Etre reconnu pour ma façon de jouer et de travailler.
Hommepage - Des stars rencontrées ?
Yann Chapoutier - Non pas spécialement. J’ai eu la chance, grâce au conservatoire, de jouer avec des pointures de jazz comme Eric Truffaz, mais j’espère pouvoir accompagner un jour un nom de la chanson française. J’écoute vraiment tout ce qui passe à la radio. Pour cela il faudrait aller se vendre à Paris, être là au bon moment et au bon endroit et avoir des relations, mais je n’ai pas encore trouvé le temps. Peut-être après le conservatoire… ? J’ai déjà croisé plusieurs fois Pauline (Allo le monde), si c’est une star, puisqu’elle est dans le même conservatoire, et j’adorerais l’accompagner mais depuis qu’elle est signée, elle ne doit plus contrôler grand-chose. Et ce n’est certainement pas elle qui choisit ses musiciens ! Dommage il y en a tellement de bons chez les chtis… !

